Recherche volontaire pour changer le monde

Publié le par Thomas Pelletier

Avant de commencer je tiens à remercier Marie Paule ma belle maman qui a tapé dans le mille avec ce livre dont j'avais besoin, étant quelqu'un de plutôt pessimiste.

Ce livre est une bouffée d'oxygène et montre que tout est possible.

J'aimerais participer à la diffusion de cette recherche et je serais ravi d'en discuter avec d'autres personnes.

Exemple que j'aime beaucoup  P178 du livre ( merci à ma moitiée qui a scanné le passage afin de m'éviter de tout retaper)

Takao Furuno, le rebelle des rizières

Takao et sa femme Komiko sont des riziculteurs comme des millions d'Asiatiques. Ils vivent à Keisen, un village non loin de Fukuoka, dans l'île de Kyushu, au sud de l'archipel nippon. Takao a fait des études d'agronomie. Il a lu le livre de la biologiste américaine Rachel Carson, Silent Spring1, qui dénonce l'empoisonnement chimique de la terre par les pesticides. Il est conscient des dangers du productivisme agro-industriel pour les humains et Les animaux. En 1978, il décide de passer à l'agriculture bio­logique. Sa rizière n'est pas grande (un hectare et demi: la moyenne japonaise), mais il constate au fil des années que, sans produits chimiques, sarcler les mauvaises herbes est une corvée exténuante et démesurément longue. Un travail impossible... Comment faisaient les anciens?

Furuno cherche et finit - en 1988 - par trouver. Il tombe sur un vieux texte qui parle de rizières et de canards : le canard aigamo, croisement japonais entre le co1vert sauvage et le volatile domestique. Autrefois, après le repiquage du riz, on lâchait une vingtaine de ces canards dans la rizière et on les y laissait barboter jusqu'à ce que se forment les panicules (fleurs de l'épi). Pour­quoi des canards? Takao Furuno veut savoir. Il expéri­mente le procédé. Il constate alors que les canards ont un pouvoir fonctionnel. Associés à une rizière, ils constituent un écosystème d'une efficacité polyvalente. Les aigamos ne mangent pas les semis de riz, parce qu'ils n'aiment pas les sels de silice que contiennent ceux-ci. En revanche, ils mangent les insectes, les limaces et les escargots qui attaquent les plants: donc, plus besoin d'acheter des produits chimiques antiparasites. Ni d'acheter des désherbants, car les canards font eux-mêmes le travail: avec leurs pattes, ils déterrent les graines et les jeunes pousses des mauvaises herbes, épargnant ainsi des centaines d'heures de tra­vail aux cultivateurs. Ce mouvement oxygène l'eau, ce qui aide à la croissance du riz. L'eau agitée par le battement des palmes des canards stimule les tiges des plants, ce qui les solidifie. Et la fiente des canards sert d'engrais natu­rel!


Takao Furuno est conquis et adopte la méthode ancestrale. Non seulement le procédé « riz + canards» est écologique et économique, mais il va augmenter la qualité du riz et la rentabilité de l'exploitation... Sur son hectare et demi, Takao moissonne aujourd'hui près de sept tonnes de riz par an, presque deux fois plus que les exploitants qui en sont restés aux pesticides. En outre, la méthode lui permet de diversifier sa production: il peut commercialiser 300 canards et 4 000 canetons.

Les experts agronomes classiques ont commencé par se gratter la tête, puis ils ont admis l'évidence chiffrée. Aucun doute possible. La preuve était faite et on pouvait l'extrapoler: si le Japon généralisait la méthode Furuno observent aujourd'hui les experts, « il aurait la possibilité de nourrir toute sa population avec 2 % d'agriculteurs seulement ».

Takao Furuno a trouvé son idée dans une pratique pay­sanne ancienne? C'est sûr, mais il n'est pas un passéiste comme l'universitaire Yukio Tanaka ou l'écrivain Eisuke Ishikawa - qui rêvent de vivre comme en 1700, « à l'épo­que où les Nippons se contentaient de peu ». La nostalgie n'est pas sa tasse de thé. S'il a choisi de rejeter l'agro-chi­mique et de suivre un modèle rebelle, c'est qu'il misait sur la rentabilité de ce modèle. Les résultats lui donnent rai­son: son chiffre d'affaires atteint 160 000 euros par an. Quant au modèle, il est tellement simple et efficace qu'il n'a pas tardé à faire des émules. Dix mille fermiers japo­nais ont adopté l'écosystème rizière-canards, multipliant ainsi leur rendement. La formule s'est diffusée dans toute l'Asie du Sud-Est: près de 80000 riziculteurs de Corée du Sud, des Philippines, de Thaïlande, de Malaisie et d'États plus pauvres - le Vietnam, le Laos, le Cambodge - y trouvent le moyen de doper leur productivité et de doubler leurs revenus. Le « pouvoir des canard» (power of duck, titre du livre de Takao Furuno) fait des émules en Inde et en Afrique de l'Est. Partout où il y a des riziè­res et des petits fermiers.

Les exploitations de taille réduite peuvent redevenir rentables au XXIème siècle, à condition de se libérer du sys­tème agro-alimentaire industriel imposé partout au Xxème et qui n'est pas fait pour elles. « Le paysan a du mal à échap­per à l'agriculture industrielle une fois qu'elle s'est empa­rée de lui, dit Takao Furuno. Au cours des trente dernières années, l'emprise de l'agro-chimique sur les paysans a augmenté quatre fois plus vite que la producti­on agricole. »

C’est cela qu'il expliquait en janvier 2002 aux « davossiens », réunis exceptionnellement à New York à cause de ce qui venait de s'y passer trois mois plus tôt, un certain 11 septembre. Des « davossiens» soudain inquiets, sou­cieux de se mettre à l'écoute des peuples de la planète.

La suite des événements, et en particulier la flambée des prix des matières premières agricoles à partir de 2007, allait montrer l'urgence de trouver d'autres voies que le système agro-industriel pour nourrir la planète.

Takao Furuno a expérimenté l'une de ces voies, à son échelle. Il l'a fait avec une volonté de rupture consciente et raisonnée, même s'il l'a fait modestement, dans son propre biotope: une petite rizière dans l'île de Kyushu. Il a refusé de se laisser « formater» par la grande machine­rie globale, il a démontré ce que l'on pouvait réaliser. Et il a fait école.

Il nous livre une autre clé pour notre époque mondialisée : n'ayons pas peur de démarrer à petite échelle, hors sentiers battus. A l'ère de l'Internet et de la mondia­lisation, les « bonnes pratiques» peuvent se répandre à la vitesse de l'information défiant les barrières du temps et de l’espace.


1. Un printemps silencieux, Plon, 1962.


http://www.amazon.fr/Recherche-volontaire-pour-changer-monde/dp/2750903807
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BZH Matth 28/06/2008 11:05

Superbe article !A quand le canard laquais avec un peu de riz? ;-)Ma vraie question est plutôt : comment a-t-on perdu cette "recette" ancestrale? Puisque le rendement est meilleur que les derniers pesticides...Ou alors, les pesticides ont été de moins en moins efficaces avec le temps, faisant chuter le rendement...J'aime bien le dernier paragraphe: il est tout spécialement optimiste.

Mam 12/06/2008 22:26

Passionnant et encouregeant!