En effeuillant la marguerite

Publié le par Petit Tom

Voici un texte intéréssant selon moi du scientifique Jean Pierre Petit. Il date de fin 2004 mais le temps qui avance ne fait que lui donner raison. Pour les pressés ce texte est un peu long alors j'ai fait quelques coupes. Pour les puristes voici la version originale :

en effeuillant la marguerite

[...] 

En France et dans nombre d'autres pays on effeuille la marguerite. Le pouvoir s'en prend à des libertés, à des acquis sociaux, les uns après les autres. Comme il n'y a plus aucune unité, qu'il n'y a plus aucun parti ou syndicat capable de prendre la défense des individus ou des personnels des entreprises, tout fout le camp en silence. Chaque pétale de la marguerite ne réagit pas quand on arrache sa voisine, sans se rendre compte qu'un jour prochain elle sera la prochaine sur la liste.

On ne voit poindre aucune solution alternative au point que cela en est désespérant. Périodiquement, Arlette Laguiller se présente à des élections en débitant son petit monologue d'un ton monocorde et bêlant. Elle y parle "du parti des travailleurs et "des patrons". Si elle dénonce des injustices criantes et des érosions de droits sociaux, son message politique reste indigent, inexistant, comme celui de tous ceux qui se réclament de "la gauche", que celle-ci consomme ou non du caviar. Certains discours rappellent le thème de "l'autogestion" des soixante-huitards, la plus belle foutaise qu'on ait pu imaginer dans notre histoire sociale. Non, les entreprises ne fonctionnent pas quand des soviets d'ouvriers sont mis au pouvoir. Le communisme n'a pas fonctionné non plus. Mais, bien sûr, les choses sont plus complexes.

[chute de l'URSS, question de la chine]

Dans les pays arabes l'angoisse profite aux leaders religieux qui tendent à leur ouailles la charria et la burka comme autant de ceintures de sauvetage face à une confusion occidentale des moeurs qui s'étale de plus en plus. Ca a l'avantage d'être simple, bien que la solution date d'un bon millénaire. Ceci étant, elle a réponse à tout. Elle fournit un mode de vie strict, bien défini, un système social ultra-stable, qui s'accomode de toutes les inégalités, et des solutions vis à vis de l'angoisse existentielle. Tout est prévu. Alors que les occidentaux noient leur spleen à coup d'anti-dépresseurs, construisent des murs ou tirent à l'aveuglette quelques missiles en application d'une autre loi, Biblique, celle du talion, de l'autre côté on fournit la porte de sortie aux plus désespérés : celle du suicide, avec des garanties signées concernant une béatification dans l'après-vie. Imparable. Mais, dans les pays arabes comme aux Etats-Unis les leaders politiques n'envoient pas leur progéniture à la boucherie. La mort, ça a toujours été pour les pauvres, de tous temps.

Le système de l'intégrisme islamique s'impose même comme une force politique d'envergure internationale. Ce système des kamikazes est imparable. C'est "la bombe atomique du non-développé technologiquement" face auquel les cow-boys armés de lasers et d'armes thermonucléaires, secondés par des avions-espions hypersoniques, armés de bombes autoguidées par Gps restent totalement désarmés. On n'a jamais connu une situation de ce genre. Historiquement, c'est extraordinaire. Les pays européens, quant à eux, ressemblent à des bottes de paille qui ne demandent qu'à s'enflammer. La guerre d'Algérie est là pour montrer que les choses peuvent dégénérer extrêmement rapidement. A la première bombe qui éclatera, l'extrême droite ressortira son OAS dormante. A l'initiative de qui ? Bonne question. Qui tire les ficelles ? Qui lancera la première vague d'attentats dans tel ou tel pays européen ? Des leaders religieux ou ... les Américains eux-mêmes, cherchant là un moyen de contraindre les Européens à les rejoindre dans une croisade "contre le terrorisme" ?

Les faucons américains ont-ils précipité les choses en pratiquant un auto-attentat, totalement machiavélique, lors de ce fameux 11 septembre, clair comme du jus de pipe ? Une savante manoeuvre de politique internationalel pour avoir les mains libres et magnifiquement s'embourber dans des situations insolubles et humainement catastrophiques. L'Irak devient la retraite de Russie. Historiquement ces deux situations sont comparables.

La science n'apporte pas non plus de solution, qui collabore étroitement avec les lobbies militaro-industriels (cela semble être devenu, de nos jours, le plus clair des "activités de recherche et développement"), une tache où elle se discrédite. Elle sert avant toute chose la course vers les taux de profit les plus élevés et le circuits de pouvoir, les monopoles, dans une irresponsabilité totale, en se lançant dans l'aventure des OGM et dans bien d'autres encore. De loin en loin le petit peuple interroge les grands prêtres de la science, les barbus à bretelles ou les infirmes à roulettes qui se comportent comme des gourous qui leur promettent ... n'importe quoi, eux qui avancent des théories "qui s'avéreront utiles dans quelques siècles "parce qu'elle sont trop en avance", évoquent une "TOE" une "théorie du tout" (theory of everything). Tout cela est pitoyable.

[depuis la redaction de ce texte JPPa peut être changé d'avis sur le fait que la science ne nous promet rien. Cependant l'aspect militairement bloquant reste criant de vérité]

Je n'ai rien à proposer. C'est un constat, c'est tout. Ce qui est à hurler, c'est l'attitude de ce qu'on appelle nos médias. Mais qu'est-ce qu'un média ? La définition du Larousse est floue. On y lit "diffusion d'une culture de masse". Mais il n'y a pas que cela. Nos médias sont les fenêtres par lesquelles des professionnels de l'information sont censés nous informer, nous montrer ce qui se passe dans le reste du pays et dans le reste du monde. Dans les faits on nous inonde d'histoires de chats écrasés, pour mieux nous abrutir. Tous les jours nos journaux télévisés nous abreuvent de faits divers pour mieux masquer l'actualité internationale, réglée en quelques minutes. La chaîne Arte est la "chaîne alibi" où on aborde "des grands sujets", où on dénonce sans ménagement des faits vieux d'un demi-siècle, pour mieux cacher ce qui se passe sous nos yeux, de nos jours. C'est à se demander si ces gens ne sont pas devenus des professionnels de la désinformation, activement ou par mimétisme. Je ne sais pas s'il existe encore des Français qui croient encore à leurs médias, à ce qui émerge de leur petit écran, à ce qu'ils peuvent lire dans les colonnes de leurs journaux (savez-vous que le Figaro et l'Express sont la propriété de Serge Dassault ?). Je voyais ces jours derniers un numéro du Monde (un organe de presse sur lequel Dassault a vainement essayé de mettre la main, mais "à qui appartient ce journal ?", qui s'imagine encore que cet organe de presse est "objectif" ?).

[ Ceci est de plus en plus vrai et depuis la redaction de ce texte les internautes deviennent un nouveau media grâce aux bloggs, comme on peut le constater avec la guerre au Liban, et les journaux classiques se vendent de plus en plus en mal...]

Je pense qu'il s'agissait du numéro du 19 octobre 2004. Une page entière était consacré à l'extension de la paupérisation en France. De plus en plus de chômeurs, des gens "en fin de droits", de sans-logis, de gens expulsés de leurs logements parce qu'ils sont incapables de faire face à leur loyer, de gens surendettés. Etc. Il y en avait toute une page. Mais je n'ai pas vu évoqué un des grands phénomènes de notre temps, relativement récent, mais qui risque de connaître une expansion explosive, auquel on a donné un nom : les "délocalisations".

[Détails et points de vus sur la delocalisation]

Vous vous rappelez la robotique ? On était censés aller vers "une civilisation des loisirs". Les hommes n'auraient plus à travailler, les robots le feraient pour eux et ils se tournaient les pouces. La réalité est que cette robotique, si elle a accru la productivité en employant des travailleurs qui ne protestent jamais, n'ont nulle besoin de couverture sociale ni de sommeil, de vacances, a mis au chômage des millions d'êtres humains, comme jadis les "canuts", ces ouvriers du textile, avaient été jetés à la rue part l'apparition des métiers Jacquart. Un chômage payé par une "contribution sociale généralisée", de plus en plus lourde.

Vous vous rappelez le télé-travail ? On nous avait dit "vous n'aurez plus besoin de vous déplacer pour travailler. Vous travailler chez vous". Quand on voyait les emplois d'ouvriers filer, les gens se disaient "nous deviendrons une population axée sur les services". Faux : ce à quoi je n'avais pas pensé c'est que le personnel d'une entreprise puisse se trouver aussi "délocalisé", y compris et même à commencer par ceux des sociétés de services. J'ai vu un reportage sur des employées vivant en Roumanie, travaillant à distance pour une entreprise française, au tiers de nos salaires. Et ces gens étaient ravis. C'est génial, non ? Est-ce qu'on se rend compte de ce qui est en train de se dérouler sous nos yeux ? Dans les pays de l'Est les gens coûtent trois fois moins cher. Les travailleurs Indiens ou Chinois coûteront dix à vingt fois moins cher. Un de mes amis a une petite entreprise. Il me disait "dans nos produits, 60 % du coût de production c'est de la main d'oeuvre. Je vais te dire une chose : le mois prochain j'ai des rendez-vous en Tchécoslovaquie. Ca n'a pas de la perte de sens civique. Maintenant c'est "ça ou disparaître".

[...]

Où va-t-on comme ça ? Quel homme politique pourrait encore nous dire que nous allons simplement quelque part ? Dans un système libéral les capitaux, le système de production se déplacent vers ce qui assure le plus fort taux de profit c'est à dire vers les régions du globe où la couverture sociale est la plus faible. C'est dans la logique des choses. Comme il devient possible, grâce à cette mondialisation, de "délocaliser" pratiquement toutes les activités, y compris maintenant les services "grâce à Internet" on va vers un nivellement vers le bas des conditions de vie des travailleurs et vers une élévation bruyante des revenus des "nouveaux riches" ou des "anciens riches" qui le deviendront un peu plus, bénéficiant de taux de profits accrus et de charges moindres.

Voilà ce vers quoi convergent nos démocraties, qui prennent maintenant des allures de baise-couillons complets. Que peut-on faire ? Pratiquement rien. Il n'y a aucune politique alternative, simplement un choix entre un mal et un autre mal.

[...]

Il n'y a personne pour dire cela, dans nos médias. On nous amuse avec des jeux télévisés. Dans ces jeux les gens "gagnent" ( "Nous allons voir combien vous gagnez"...) . En regardant "Star Academy" les jeunes rêvent d'un moyen facile pour sortir de leur crasse, accéder à la notoriété, à l'argent facile. C'est ça qui fascine : tous ces "métiers" qui semblent à la portée du premier venu : chanter, taper sur un ballon, jouer la comédie. On agite devant nous le miroir aux alouettes des télé-achats. Tout ce qui pourrait faire réfléchir les êtres humains disparaît (la dernière émission scientifique E = m6 n'est plus qu'une émission sponsoriée, sous forme de "jeux"). Les lecteurs, les téléspectateurs sont comme les passagers affolés d'un navire qui coule. Ils voient des gens qui ont des tickets de première classe s'acheminer vers des canots luxueux, de véritables "Yacht de secours" (dans toutes les maisons de la presse vous trouverez la revue Yachting, avec un grand choix de modèles de canots de sauvetage pour nantis). Mais les passagers de l'entrepont, rien n'est prévu. Ils sentent seulement que le navire prend de la gîte et s'enfonce, tandis que sur la plage arrière l'orchestre joue "plus près de toi, mon Dieu" et qu'un pape Fellinesque continue de s'opposer à l'emploi des préservatifs. .

La consommation d'antidépresseurs s'accroît. Mais pourquoi ? Qu'ont ces gens à se droguer de la sorte ? Elle est pas belle, la vie ?

J'ai appris une chose. Les Israéliens auraient pris livraison, il y a dix jours, de deux mille bombes guidées par GPS, autoguidées, capables de frapper leur cible à quelques mètres près.

[Serait-ce précisement ces bombes qu'ils utilisent aujourd'hui à Gaza et au Liban ?]

La presse commence à en faire état, voir en fin de page. Ce développement a sa logique. Les Américains sont complètement embourbés en Irak. En prenant la liberté d'agir seuls ils ont totalement décrébilisé l'ONU dont les résolutions ne sont plus que des chiffons de papier. Personne ne croit plus un seul instant à l'existence "d'armes de destruction massive" dans ce pays, prétexte pour cette invasion. En fait le but était autre. L'Irak possède de très importantes réserves de pétrole. C'est le seul pays qui aurait pu permettre, en poussant la production, de faire baisser le prix du brut et par delà d'exercer une pression sur le régime Saoudien qui finance les écoles coraniques dans le monde entier, de même que tous les mouvements extrémistes. Il le fait parce que dans le pays ces forces islamiques radicales sont extrêmement puissantes. Ben Laden est Saoudien. La famille régnante en Arabie Saoudite ne tient plus le pays depuis longtemps. Il restait l'arme "pétrole", et derrière elle la férule américaine, à travers l'Aramco. Mais tout cela est terminé. Quel pays les Etats-Unis pourraient-ils menacer ? Où est cette stratégie des dominos qui prônait qu'en déstabilisant l'Irak, tous les autres pays Arabes allaient suivre ? L'Oncle Sam rame.

Les attentats contre les pipe-lines font baisser la production de brut. Du coup le prix du pétrole monte. Par un de ces caprices de l'économie le dollar chute. Du coup l'Amérique peut exporter à tout va et les économies occidentales s'en trouvent doublement déstabilisées. Mais, vis à vis des Saoudiens qui du coup s'en mettent plein les poches c'effet est inverse de ce qui était recherché. Génial. Bush et sa bande se sont foutus le doigt dans l'oeil jusqu'à l'épaule. Que faut-il faire ? Envahir l'Arabie Saoudite? parachuter des forces spéciales sur la Mecque en menaçant de faire sauter la Kaaba ? Au Pentagone ça a du être envisagé.

On a jamais été dans une telle merde depuis l'après guerre. Avant, on vivait les risques de la guerre froide. Il y a eu l'affaire des missiles de Cuba. Nous avons revu les images où des commandants de sous-marins russes disaient "oui, nous avions des torpilles thermonucléaires dans nos tubes". Mais aujourd'hui le risque est totalement différent. Alors que le mur de Berlin ne figure plus, sous forme de fragments, que dans des musées d'art moderne, la guerre économique est déclarée. Elle fait rage sur tous les front. La Chine est une fourmilière grouillante et industrieuse qui connaît un développement exponentiel. Dans des salles de sports du pays des centaines de Chinois apprennent les langues étrangères en hurlant des slogans nationalistes. La guerre de l'Opium, ils vont nous la faire payer, et cher.

Les Etats-Unis, donc, ne peuvent plus menacer personne. Comment envahir un autre pays ? Avec quelles troupes, quels hommes ? Les pauvres gens qui espèrent obtenir la nationalité américaine commencent à comprendre qu'on peut simplement se faire tuer connement à ce petit jeu-là. Alors les Iranien décident de faire de l'enrichissement isotopique. En clair : ils préparent la première bombe atomique des pays Arabes. Pas la première d'un pays musulman puisque les Pakistanais ont déjà la leur. Mais ceux-là on déjà l'Inde, qui a aussi la sienne, prête à leur dégringoler dessus s'ils bronchent. L'Iran a déjà des missiles d'une portée suffisante pour frapper Israël.

[...]

En ce moment, la question qui agite des médias français est l'ouverture d'une chaîne de télé payante gay avec quatre films pornos par semaine. Patrick Sébastien nous parle d'une copine à lui qui tient un bordel et il ajoute que "les hommes politiques sont parmi les plus pervers". Littéralement passionnant. Est-ce que vous imaginez un petit musulman qui regarde ce genre d'émission, dans sa cité ? L'impression est simple. Notre société occidentale est en pleine décomposition. Or que font les gens quand une société se décompose ? Ou ils se laissent complètement aller, plongent dans la déprime, la drogue, toutes les drogues possibles, ou ils recherchent des "certitudes", un "pouvoir fort", des "lois fermes". Actuellement, je trouve qu'il n'y a que trois options possibles :

1 - Vous regardez TF1 tous les soirs, en augmentant progressivement les doses et vous vous bourrez de Prozac
2 - Vous devenez intégriste, d'un bord ou d'un autre.
3 - Vous essayez de penser par vous-même (ça c'est le plus dur).

Dans mon site j'ai parlé de la mort de mon ami Jacques Benveniste, qui "s'est fait tuer sur place" sur le front de l'intégrisme scientifique, de la connerie, de l'irrationalité, de l'égoïsme et de la bêtise". J'ai demandé que des gens envoient des lettres à son labo. Simple geste. Taux de réaction : 1 %. Indifférence ? Non, effet de saturation. En France les gens sont noyés dans leurs problèmes, leurs soucis, ils sont paumés, désespérés, deviennent passifs. Je crois que je commence à mieux les comprendre. Je ne sais pas si j'aimerais avoir vingt ans, aujourd'hui. Souvent, entre amis de ma génération nous nous disons : si on nous rajeunissait de 45 ans, que ferions-nous ? Aucun ne trouve quoi répondre. Cela rappelle la célèbre phrase :

Dieu est mort, Marx est mort et moi-même je ne me sens pas très bien

 

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